Les personnes atypiques et spirituelles

Personnes atypiques et spirituelles

 

Vous avez dit atypiques et spirituelles ?

 

Quel est le point commun entre les personnages principaux de mes trois romans ? Elles sont différentes de la norme, soit par leur câblage neurologique (autisme par exemple), soit par leurs choix de vie peu communs : comme un essai de vie monastique.  Que ce soit Aurore (Stéréotypie), Christie (La Demeure de l’Ange) ou Maria (un escalier pour rien), elles ont toutes ce point commun : un sentiment de décalage par rapport aux autres, une hypersensibilité manifeste, un système cognitif plus ou moins décalé par rapport à la moyenne. Quelquefois ces particularités ne sont pas détectés de façon précoce.

 

Pourquoi avoir choisi ces protagonistes là pour mes romans ?

 

Honnêtement, je n’en sais rien. Tout simplement sans doute parce qu’elles sont plus proches de moi, ce qui me facilite l’écriture. Leurs aptitudes, leur vie intellectuelle, leur affectivité blessée : Tout cela me parlait forcément davantage que si j’avais choisi n’importe quelle autre héroïne.

Souvent, dans l'enfance, on peut se rendre compte de quelques détails chez ces personnnes: la propension à l'ennui pendant les cours, parfois, une intelligence supérieure ou au contraire des difficultés d'apprentissage.

 

Comme je le dis toujours, mon écriture est à la croisée entre le roman, le conte et la poésie. Ce style convient donc parfaitement avec la psychologie de mes personnages. Non seulement leur mentalité à part mais aussi leurs parcours de vie personnel, affectif, professionnel et familial. 

Dans leur passé, ces adultes sont souvent été des enfants dits "atypiques" avec une personnalité très attachante et des caractéristiques qui étonnaient l'entourage. Pour mes romans : 

 

Aurore chemine tout doucement vers le Diagnostic de TSA.

Maria, autiste, va à la rencontre d’elle-même par l’écriture et ses nouvelles amitiés.

Christie cherche à reconstruire sa vie depuis sa sortie du monastère.

 

Elles ont aussi quelque chose qui me concerne plus personnellement encore : leur vie émotionnelle est intense. Leurs problèmes ne datent pas d’hier : Parfois, dès leur plus jeune âge  leurs soucis ont commencé : leur potentiel intellectuel mal évalué, leur ennui chronique sur les bancs de l’école, ou bien leurs études brillantes ou leur précocité mal détectée.

Souvent, je m'inclus dedans, ce sont des personnes anxieuses, qui se sentent en décalage avec le monde, leur adolescence est quelquefois marquée par des difficultés croissantes au niveau social. Etre atypique n'est pas non plus synonyme d'enfant heureux ou d'enfant en échec scolaire. Tout dépend. Ce qui est sûr en tout cas, c'est qu'il s'agit d'un fonctionnement différent, c'est tout.

 

Des profils complexes y compris à l’âge adulte :

 

Pour Aurore, c’est après un burnout que la question identitaire s’est fait de plus en plus pressante. Pour Maria, son autisme reconnu depuis peu lui a permis d’aménager un emploi du temps adapté à ses particularités, quant à  Christie, elle ressent que la construction de cette chapelle en ruines est aussi un moyen de se reconstruire elle-même, sa vie et ses projets.

 

Ce sont surtout des rencontres avec des personnes bienveillantes qui vont les aider à s’épanouir, à améliorer leur potentiel social. Leurs difficultés scolaires et professionnelles vont les obliger, devenus adultes, à tenir compte de leurs spécificités.

Dans la vraie vie, il n'est pas rare non plus que ces personnes aient besoin du soutien d'un thérapeute, psychologue clinicienne ou psychiatre spécialisé dans le TSA ou TDAH. Dans "Stéréotypie", Aurore y aura recours.

 

Cette dernière est plus anxieuse que les autres peut être, Maria est une grande rêveuse et Christie a un cœur d’une grande richesse émotionnelle. Côté scientifique : je crois qu'on parle de câblage neurologique différent, de potentiel cognitif à part, d'une pensée divergente et de troubles du comportement. On parle de cortex cérébral et de circuit neuronal. Il existe aussi de tests pour mesurer tout cela.

 

Des personnes spirituelles ?

 

Je reprendrais bien la citation de Christian Bobin que j’aime tellement : « L’écriture est par essence autistique, le poète est un autiste qui parle ». Mes trois protagonistes ont aussi ce point commun : elles aiment les mots, leure musicalités. L’écriture les aide à vivre. Elles sont douées pour l’écriture, la poésie, la mise en mots de leurs problèmes personnels. Leur empathie est vive même si elle ne se voit pas toujours.

 

Elles ont aussi cette attirance pour la vie spirituelle, plus précisément elles ont foi en l’Amour. Un Amour qui est sans fin et sans jugement. Elles croient à l’invisible Amour qui les entoure malgré leurs difficultés de vivre. Elles portent en elles ces questions existentielles qui les poussent à s’interroger sur le ciel, sur la prière, sur la vie après la mort. Leur système de pensées et leurs troubles anxieux les amènent naturellement à interroger l’univers et le sens de leur présence sur terre.

 

Dans un article du journal la Croix, une journaliste rapporte les propos des personnes rencontrées (Céline Hoyeau/novembre 2012) : « Étant donné qu'ils ne peuvent avoir de relations avec le monde extérieur, ils développent une vie spirituelle très riche ». Bien sûr, il est question ici des enfants autistes non verbaux, non pas des autistes Asperger. Mais je pense que cette soif spirituelle est sans doute aussi très marquée chez beaucoup d’entre nous. Dans cet article, une catéchiste dit même : « Ils ont une disposition à la vie spirituelle extraordinaire » (Françoise Cattan). Cet avis personnel me semble une évidence même pour des adultes, en tout cas pour beaucoup, on ne peut jamais généraliser, même donc pour des autismes dits « invisibles ».

 

Christian Bobin écrivait : « L’autisme est un soleil inversé. Ses rayons sont dirigés vers l’intérieur ». Je trouve cette parole d’une densité extraordinaire. Comme certains le savent déjà, je n’en parle quasiment jamais, j’ai moi-même vécu une expérience de vie monastique (catholique). Je ne pensais pas que cette partie de ma vie pouvait aussi s’expliquer sous l’angle de mon autisme dont j’ignorais alors l’existence. L’avoir découvert m’a réconcilié avec moi-même. Je comprends que je cherchais un bain sensoriel adapté à ma personnalité différente. Je n’ai pas pu rester et cet échec de vie religieuse fut très douloureuse, mais je sais maintenant que ma soif de vie spirituelle n’est pas une tare, une anomalie. Elle a quelque chose de légitime. Elle a le droit d’exister. Elle fait partie de ce que je suis en profondeur. De façon précoce, je m’interrogeais dès le plus jeune âge sur le sens de la vie.

 

Mon cheminement est catholique. L’ouverture à l’invisible est très marquée dans mes écritures. A ma grande surprise, alors que je pensais que cela ferait fuir les gens, ce fut tout le contraire : il y a une véritable attirance chez beaucoup de personnes pour une vie spirituelle décomplexée. Ce qui est très en vogue, ce sont des pratiques d’autres cultures (chamaniques, ésotériques, New Age ou  mélange de plusieurs traditions ....). En ce qui me concerne, j’affiche ouvertement mon catholicisme assumé. Paradoxalement, c’est ce qui plait. Peut-être parce que je continue de croire malgré les fautes parfois impardonnables de certains membres de l’Eglise…mais là n’est pas le propos de mes romans.

 

Dans mes trois histoires, la vie spirituelle n’apparait que par touches discrètes. L’histoire est avant tout une fiction, un récit de personnes pas tout à fait comme « tout le monde », souvent autistes ou TDAH, atypiques, un peu décalées, à haut potentiel émotionnel ou intellectuel.

 

 L’écriture et l’autisme :

 

« Comme l’autiste en se taisant, le poète s’ensevelit en écrivant : il vit une gloire interne et il est mort pour le monde » (Christian Bobin) : Depuis toujours, je cherche le silence, la rencontre avec le divin, le dialogue avec l’invisible. Ce que je suis se reflète donc dans mes personnages. C’est logique. L’expérience précoce de l’aspect éphémère de nos vies, des amours déçus, des épreuves de la vie ont sans doute contribué à cette vision de la vie. Ce qui se ressent dans mes trois romans.

 

Cette dernière citation de Christian Bobin est pour moi criante de vérité. « Mort pour le monde » : c’est ce dont je rêvais en entrant au monastère mais ma fragilité affective et les traumatismes du passé m’ont empêché de poursuivre.

Aujourd’hui, réconciliée avec moi-même, j’ai découvert dans l’écriture les mêmes aspects que la vie intérieure cloîtrée : une rencontre cœur à cœur avec l’Invisible qui, souvent, guide ma plume. Une rencontre aussi avec cette partie inconsciente de moi-même, riche de mes expériences personnelles mais aussi ouverture à la Transcendance.

 

Les manques d’habilités sociales, le mal être, les déficiences multiples, les faux-selfs, tout cela est devenu pour moi un chemin de résilience. Et surtout, je peux, en le partageant par l’écriture, apporter à d’autres le rêve, la paix, la consolation dont tous nous avons tant besoin. C’est ce qui caractérise mes trois romans mais aussi mes nombreux textes, histoires courtes et poésies.

 

L’enfance qu’elle soit autiste ou neurotypique :

 

L’enfant est aussi très présent dans mon écriture. Le thème de l’enfance est pour moi un sujet intarissable de joie, de découvertes, de beauté. Les pensées de l’enfant, son univers, sa poésie naturelle rejoint mes aspirations les plus profondes. La créativité d’un cœur tendre, leurs pensées magiques ou spirituelles sont une formidable boîte à idées pour écrire. Les caractéristiques de leur jeune âge, leurs aspirations, leurs modes de pensées originales, c’est un trésor pour moi.

 

Voilà donc le pourauoi de mon écriture et surtout le point commun entre mes différents romans.

 

Pour découvrir mes romans  et pour découvrir Christian Bobin :

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