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Dysphorie de rejet dans le Trouble du Spectre de l’Autisme
J’ai appris depuis peu ce nouveau terme : « Dysphorie de rejet ». J’en ignorais l’existence. Sur ce sujet, j’ai vu sur Facebook, un article écrit par l’IA divisé en plusieurs catégories : « Hypersensibilité au rejet – réactions émotionnelles fortes – impacts sur les relations sociales – causes potentielles – expérience de vie ».
Je vais reprendre la même structure mais par un témoignage plus personnel :
Le rejet :
Le rejet n’est pas qu’une affaire de pure subjectivité. Quand je lis ce qui est dit, on a l’impression que c’est juste un problème personnel qui ne se vérifierait pas dans la vraie vie. Je m’inscris en faux. On est souvent rejeté quand on est dans le TSA pour plusieurs raisons dont nous n’avons pas toujours conscience :
Par exemple, en vrac : nos comportements stéréotypés (Troubles envahissants du développement) : Les balancements, nos gestes répétitifs, notre hypersensibilité sensorielle, notre difficulté à regarder dans les yeux, notre regard différent sur le monde, nos soucis dans les interactions sociales, notre système cognitif (Toujours dans le mental), notre vie intellectuelle (Autisme qu’on appelait « Asperger ») etc.
Si je voulais juste appuyer ces dires, il me suffit de regarder en arrière dans ma propre vie :
Comportements stéréotypés :
Mes balancements : On s’en moquait ouvertement. Diagnostiquée à 57 ans, je suis d’une génération où on ignorait presque tout de l’autisme. Ceci explique mon diagnostic tardif mais aussi pourquoi ces comportements étaient insultés, moqués. On essayait même de les interdire. Ce qui était peine perdue. À cause de ce comportement, plus d’une fois, j’ai été rejetée par l’autre. Pourtant, je le faisais en privé, jamais en public. Mais il suffisait qu’on me surprenne pour que le regard change. Une humiliation totale. Quand je lis l’article de l’IA, celui-ci semble dire que c’est lié à notre hypersensibilité émotionnelle, notre réaction serait disproportionnée à la réalité concrète vécue (pleurs, colères, profonde tristesse).
Je ne suis pas d’accord. Quand on vous rejette de la sorte, la réaction n’est pas excessive. Si vous-mêmes, non autiste, on vous surprenait par exemple à parler à votre peluche alors que vous êtes adulte. Vous seriez tout aussi sensibles aux moqueries des autres, à leurs railleries et, possiblement, à leur rejet.
Bain sensoriel :
Le bruit, la foule, les odeurs, les lumières. En ce qui me concerne, j’ai toujours eu du mal avec le bruit. Mais chez moi, contrairement à d’autres, je peux très bien le supporter. C’est dans la durée que le problème devient vraiment invalidant.
Tout cet environnement, je le prends « en pleine face ». « Un mur en pleine face » : ça fait mal. À cause de ma propension à fuir le métro, à différer les temps à passer dans la foule etc. À cause de cela, le rejet, là aussi, fut massif.
Dans le métro, dans ma jeunesse, je n’avais pas de souci. Plus tard, par contre, ce fut un cauchemar. Je fuyais, je marchais très vite, j’étais prise de malaises. Je gardais dans ma poche un peu d’alcool de menthe et du sucre. À cause de cela, je me déplaçais peu, ce qui avait des répercussions sur ma vie sociale. Pareil pour les ascenseurs, les bus bondés, les restaurants hyper bruyants. Ne pouvant faire autrement, j’agissais comme tout le monde, quitte ensuite à déclencher des crises d’angoisse. Mais l’autre n’est pas forcément bienveillant : « Qu’est-ce que tu t’écoutes ! » ; « T’es vraiment space toi ! », « Arrête un peu, c’est pas la mer à boire ! ». Autant de rejets affaiblissent l’estime de soi.
Difficultés dans les relations sociales :
Les joutes verbales, les aptitudes à parler des heures « de tout et de rien », les caractères autoritaires, les préférences des autres. Autant de difficultés pour moi pendant longtemps. Bien sûr, avec le temps, on s’adapte. Enfin on essaye.
Je me rappelle des conversations de l’adolescence : les garçons, les garçons, les garçons…Moi, je m’intéressais à la théologie chrétienne, à l’amitié…Rien de similaire. Il y avait comme un mur entre les intérêts de l’autre et moi-même. St Jean de la Croix me passionnait par exemple. Autant dire que cela provoquait là aussi moqueries et rejets : « T’es spéciale toi ! ».
Sans compter tous mes soucis pour comprendre les intentions, les paroles, les attentes des autres. Quand une jeune fille du même âge que vous, vous raconte ce qu’elle aime vivre avec les hommes, je restais là, figée, à me demander comment cela pourrait m’intéresser. Ou bien quand les autres revenaient du cinéma : « Oh, c’était trop bien ! ».
Je me souviens de la Boum entre autres, quand j’étais jeune. J’avais trouvé le film minable, la gosse capricieuse, superficielle, l’histoire quelconque. Les autres camarades étaient emballés. Alors vous savez ce que j’ai fait ? Je n’ai pas dit ma vérité. Pour être acceptée, j’ai fait « comme si » j’avais trouvé ce film génial.
Je parle ici des souvenirs de ma jeunesse, mais cela continue tout au long de la vie. Ce rejet n’est pas qu’une dysphorie liée uniquement à un psychisme fragile. C’est une réalité quotidienne. Les fameuses habilités sociales, je les ai acquises petit à petit. Mais dans le fond de mon être, je reste maladroite parce que je ne comprends pas toujours les autres : leurs goûts, leurs paroles, leurs mœurs, leurs désirs, leurs soucis. Parfois, j’ai l’impression d’avoir sur le monde un autre regard, une autre vision du monde. C’est un mur d’une séparation involontaire entre la société et moi. Un sentiment d’absurdité, de « non-sens » est aussi très fréquent pour moi. Pas toujours bien sûr, je ne suis pas une extraterrestre. Mais quand même.
Rejetés :
Rejetés pour d’autres centres d’intérêt, d’autres goûts, d’autres conversations, d’autres désirs, d’autres difficultés. Si je devais résumer, cela donnerait :
Rejetés par les autres élèves (certains), par les professeurs, (certains), par les collègues (certains), par la famille (certains), par le monde du travail (certains), par les psys (certains).. Tout est à nuancer. En effet, on n’est jamais tout à fait une île. Mais tout de même : cela fait beaucoup quand on additionne.
J’ai eu accès très tard aux critères diagnostic. J’ai vécu dans l’ignorance de moi, de ma personnalité atypique. À cause de cela, j’ai tout le temps fait des efforts pour aller vers les autres, pour travailler, pour aimer ce que les autres aiment, pour en être aimés. En vain. Le rejet de la personne TSA n’est pas que subjectif, c’est un fait. Concret. Factuel.
Au vu de notre personnalité, on est peut-être plus sensible que d’autres : « Laisse tomber, tu t’en fous, passe au-dessus ! Il faut te blinder un peu ! Dans ce monde, il faut « une peau de rhinocéros ». Ce type d’encouragement devrait suffire. Il n’en est rien. C’est là que je me dis : Ce rejet a deux causes :
- Le monde extérieur difficile qui rejette ce qui ne lui ressemble pas
- La personne autiste elle-même, qui, avec ses particularités autistiques, a des réactions intenses à ce rejet. Avec toutes ses conséquences : replis sur soi, dépression, absence de vie sociale etc.
Longtemps, à cause d’un passé compliqué, je me disais : « Ce sont mes blessures du passé, c’est tout ». J’expliquais tout par ce prisme. C’était une erreur. Il y a aussi ce que je suis. Les traumatismes de la vie n’arrangent rien, c’est vrai, mais c’est le cas pour tout le monde.
En résumé :
Il y a la dysphorie et il y a la vie.
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